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Le sens de la vie à l’ère des machines, des algorithmes et de l’intelligence artificielle
Dans mon article précédent, je me suis demandé ce dont nous avons besoin pour mener une vie bonne, dans un monde de plus en plus façonné par l’intelligence artificielle et l’automatisation. Ma conclusion était simple : nous avons besoin de sens — aujourd’hui, demain, et dans dix ans. Nous avons besoin que nos vies, et le monde qui nous entoure, aient un but — ou au moins, que nous soyons en chemin pour en trouver un. Quand ce sentiment de sens disparaît, il laisse derrière lui un vide que peu de gens arrivent à supporter.
Ce sens, on le trouve souvent dans le travail, dans les relations, dans les projets, dans les passions. Mais que se passe-t-il lorsque ces activités disparaissent ? Lorsque les machines et les algorithmes prennent en charge la majorité des activités qui nous semblaient porteuses de sens ? Lorsqu’ils exécutent mieux que nous la plupart des tâches ? Que ferons-nous de notre temps quand ce qui donnait un but à notre existence devient superflu ? Ce vide ne vient pas du manque de confort matériel. Il vient de la perte de ce qui comptait vraiment pour nous.
Ce vide a un nom : l’angoisse.
Le phénomène de l’angoisse
J’ai découvert ce concept pour la première fois à l’université, en lisant Être et Temps de Martin Heidegger. Une lecture difficile. En séminaire, nous décortiquions le texte phrase par phrase. Je n’avais jamais rien lu de tel. Mais les idées qu’on y découvre valent l’effort.
Heidegger décrit l’angoisse comme une composante fondamentale de l’existence. Elle révèle la nature véritable de notre être. Elle diffère de la peur. La peur a toujours un objet : on craint la maladie, la perte, l’échec. L’angoisse, elle, n’a pas d’objet. Dans l’angoisse, le monde entier perd soudain son sens. Les activités et les relations qu’on tenait pour acquises semblent s’éteindre. Ce n’est pas la peur de quelque chose — c’est une révélation : notre être est entre nos mains, sans mission préécrite.
Heidegger parle alors de Geworfenheit — « le fait d’être jeté dans le monde ». On réalise qu’on est là, sans l’avoir choisi, sans mode d’emploi. Et cette prise de conscience nous oblige à faire face à notre liberté. À notre responsabilité. Aucun cadre extérieur ne nous dira quoi faire. Aucun sens préétabli ne viendra remplir notre vide.
Mais ce que Heidegger propose est fort : l’angoisse peut nous ouvrir la voie vers une vie authentique. Quand on comprend que notre temps est limité, on peut commencer à vivre selon nos propres termes, et non ceux imposés par la société. L’angoisse devient alors un moment de clarté. Un instant rare où l’on peut reprendre le contrôle de sa vie.
Dans l’ère numérique, où tout ce qui est pratique est géré par des algorithmes, un défi particulier se pose : Quand nos obligations quotidiennes disparaissent, il ne reste que nous. Et une question brûlante : Et maintenant ?
Je pense que nous serons à un carrefour. Un chemin mène vers de nouvelles activités porteuses de sens. L’autre consiste à accueillir l’angoisse, à accepter ses questions, ses défis. Et c’est peut-être ce second chemin qui nous mènera vers une vie bonne, une vie authentique.
Ignorer ces chemins nous mène aussi quelque part — mais pas là où nous aimerions aller. La vraie question est : combien d’entre nous oseront suivre une autre voie ? Je peux imaginer un futur dans lequel mener une vie bonne ne sera plus si évident.
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Résumé
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